Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol13.djvu/305

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un unique but que lui a départi la providence : son futur mariage, sa future famille.

Nous les auteurs, surtout ceux qui désirent donner des leçons au peuple en lui présentant des exemples de moralité dignes d’imitation, nous étudierions cette fille au point de vue de la part qu’elle prend à la misère et au chagrin de la famille. Elle deviendrait ou l’exemple honteux de l’indifférence, ou le modèle du dévouement ; ce serait une idée, mais il n’y aurait pas le personnage vivant, la fille. Seul l’homme qui a étudié profondément la vie, pourrait comprendre que, pour la fille, la douleur de la famille et le service militaire du père c’est une question très légitimement secondaire : elle songe au mariage. Et c’est ce que, dans la simplicité de son âme, l’artiste voit, bien qu’enfant encore. Si nous avions présenté la fille aînée comme la fille la plus touchante, pleine de dévouement, nous ne pourrions pas du tout nous l’imaginer et nous ne l’aimerions pas comme nous l’aimons. Tandis que maintenant, cette fille aux grosses joues rouges qui le soir court dans les rondes, mais si sympathique, si vivante, cette fille qui aime sa famille, bien qu’agacée de cette misère qui contraste avec son état d’âme, je sens que c’est une brave fille par cela seul que la mère ne s’est jamais plainte d’elle et n’a eu par elle aucun chagrin. Au contraire, je sens qu’elle, avec ses soucis de robes, ces couplets de chansons qu’elle bara-