Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol13.djvu/311

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résistera pas à la lutte et fera ce qu’il regarde comme une infamie. Je ne dis pas que l’un vaut mieux que l’autre, je dis seulement ce qui me paraît être ; je remarque seulement que l’honnêteté n’est pas une conviction, que l’expression : « les convictions honnêtes » est une sottise. L’honnêteté, c’est une habitude morale. Pour l’acquérir on ne peut suivre d’autre voie que de commencer par les rapports les plus proches. L’expression « les convictions honnêtes » selon moi n’a pas de sens : il y a des habitudes honnêtes, il n’y a pas de convictions honnêtes.

L’expression « convictions honnêtes » n’est qu’une phrase. C’est pourquoi les soi-disant « convictions honnêtes » qui se rapportent aux conditions de la vie les plus lointaines — le Trésor, l’État, l’Europe, l’humanité — et qui ne sont pas basées sur des habitudes d’honnêteté, sur les relations les plus immédiates de la vie, ces convictions honnêtes, ou plutôt ces phrases sur l’honnêteté, sont tout à fait faillibles dans la pratique de la vie.

Mais revenons à la nouvelle. Cet apport d’argent pris au Trésor qui, au premier moment, paraît immoral, selon nous, au contraire, a un caractère très touchant et exquis. Que de fois le littérateur de notre milieu, désirant donner son héros comme l’idéal de l’honnêteté, nous montre, dans la simplicité de son âme, tout ce qu’il y a de sale et de débauché dans son imagination ! Ici, au contraire,