Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol13.djvu/314

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femme le fardeau de la douleur, de la misère et, bravement, joyeusement, commencera une vie nouvelle. Et pour cela, il vous montre le soldat vigoureux qui vient de fendre du bois et l’apporte à l’isba. Vous voyez l’enfant, habitué au toussotement de sa mère faible et de sa grand’mère, qui avec étonnement, respect et fierté admire les bras musclés de son père, les coups énergiques de la hache qui concordent avec le souffle de l’homme. Vous voyez cela et vous êtes tout à fait rassuré sur l’avenir de la femme du soldat. Maintenant elle est tirée d’affaire ! pense-t-on.

« Le matin la mère se leva, s’approcha du père et dit : — Gordéï, lève-toi, il faut du bois pour chauffer le poêle. Le père se leva, se chaussa, mit un bonnet et dit : — Y a-t-il une hache ? — Oui, mais elle est ébréchée, elle ne pourra peut-être pas couper. Mon père saisit fortement la hache à deux mains, s’approcha du tronc, le plaça debout et frappa de toutes ses forces. Il fendit le bois et l’apporta dans l’isba. La mère alluma le feu, et bientôt il fit grand jour. »

Mais ce n’est pas encore assez pour l’artiste. Il veut aussi vous montrer l’autre côté de leur vie : la poésie de l’heureuse vie de famille, et il vous présente le tableau suivant : « Quand il fit grand jour, mon père appela : — Matriona ! Ma mère s’approcha : — Eh bien, quoi ? dit-elle. Le père dit : — J’ai envie d’acheter une vache, cinq brebis, deux chevaux