Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol13.djvu/318

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présenter mes conclusions de façon qu’elles répondent à toutes les objections que j’ai supposées.

Le sentiment du vrai, du beau et du bien est indépendant du degré de développement. Le beau, le vrai et le bien sont des idées qui n’expriment que l’harmonie des rapports dans le sens du vrai, du beau et du bien. Le mensonge n’est que la non concordance des rapports dans le sens du vrai. Mais il n’y a pas de vérité absolue. Je ne mens pas en disant que les tables tournent par l’attouchement des doigts, si j’y crois, bien que ce n’est pas vrai, mais je mens en disant que je ne suis pas riche, tandis que, selon mes conceptions, je le suis. Un nez, si grand soit-il, n’est pas monstrueux, il le devient sur un petit visage. La monstruosité c’est l’inharmonie envers la beauté. Donner son dîner à un mendiant ou le manger soi-même n’a en soi rien de mauvais, mais donner ce dîner ou le manger quand sa mère meurt de faim, c’est une inharmonie dans le sens du bien. En élevant, instruisant, développant ou agissant sur l’enfant, comme vous voulez, nous devons n’avoir et nous n’avons inconsciemment qu’un seul but : atteindre la plus grande harmonie dans le sens du vrai, du beau et du bien. Si le temps ne marchait pas, si l’enfant ne vivait pas par tous ses côtés, nous pourrions tranquillement atteindre cette harmonie en ajoutant où il nous semble manquer, en diminuant où il nous semble y avoir excès. Mais l’enfant vit. Toutes les facultés