Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol13.djvu/360

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j’allais en classe, Gavruka revenait du débit ; il était ivre-mort et frappait, frappait son cheval tout savonneux… Ça me fait toujours de la peine, pourquoi le bat-il ? » ajouta-t-il. — « Et récemment, dit Siomka, père a lâché les guides de son cheval de Toula, et il l’a mené dans les ravins ; il s’est endormi tout ivre. » — « Et Gavruka bat son cheval sur les yeux, ça me fait tant de peine ! reprit encore Pronka. Pourquoi le battait-il ? Il est descendu, et il l’a battu ! » Tout à coup, Siomka s’arrêta : — « Les nôtres dorment déjà, dit-il, en regardant les fenêtres noires de son isba. Vous n’allez pas plus loin ? » — « Non. » — « Adieu, Léon Nikolaïevitch ! » cria-t-il tout d’un coup ; et, s’arrachant avec effort, il courut à la maison, souleva le loquet et disparut. — « Alors, tu nous reconduiras tous l’un après l’autre ! » dit Fedka. Nous partîmes plus loin. Il y avait de la lumière chez Pronka. Nous regardâmes par la fenêtre. Sa mère, une grande femme, déjà fanée, les sourcils et les yeux noirs, était assise devant la table et pelait des pommes de terre. Un berceau était suspendu au milieu de la chambre. Un mathématicien de la deuxième classe, le second frère de Pronka, debout près de la table, mangeait des pommes de terre avec du sel. L’isba était noire, petite et sale. — « Diable ! où as-tu été ? » cria la mère. Pronka sourit doucement, maladivement, regardant à la fenêtre. La mère devina qu’il n’était pas seul et, aussitôt, modifia l’expression de