Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol13.djvu/383

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les élèves si l’on exigeait d’eux le récit de leur contenu. Après Robinson, j’essayai de leur faire lire Le Fabricant de Cercueils, de Pouschkine ; mais, sans aide, ils pouvaient encore moins le raconter que Robinson, et Le Fabricant de Cercueils semblait les ennuyer encore davantage. Les passages adressés au lecteur, les caractéristiques plaisantes, tout cela était si peu conforme à leurs exigences, que je renonçai définitivement à Pouschkine, dont les nouvelles, jadis, me paraissaient bâties de la façon la plus harmonieuse, la plus simple et, par suite, la plus accessible au peuple.

J’essayai encore un conte de Gogol : La Nuit de Noël. Quand je le lus moi-même, il plut, surtout aux adultes ; mais dès que je les laissais seuls, ils n’y pouvaient rien comprendre et s’ennuyaient. Même ils n’exigèrent pas de moi la suite de la lecture. La richesse du coloris, la fantaisie et les caprices de la composition sont contraires à leurs désirs. J’essayai encore avec l’Iliade de Gniéditch, et cette lecture causa un étonnement étrange : ils crurent que c’était écrit en français et ils ne comprirent rien avant que je leur eusse raconté moi-même le sujet ; et même alors, le sujet du poème ne se fixa point dans leur esprit. Le sceptique Siomka, une nature forte, logique, était frappé du tableau de Phœbus, qui, avec des flèches cliquetant derrière le dos, descendait de l’Olympe ; mais on voyait qu’il ne savait où classer cette image.