Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol13.djvu/389

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impossible, même pour un maître de talent, sans parler des explications préférées données par les maîtres sans talent. Pour expliquer n’importe quel mot, par exemple le mot « impression » vous lui substituez un mot aussi incompréhensible ou une série de mots dont l’enchaînement est aussi incompréhensible que le mot lui-même.

Ce n est pas toujours le mot lui-même qui est incompréhensible, mais l’élève n’a pas du tout la conception de ce qu’exprime le mot. Le mot est toujours prêt quand il y a conception prête. En outre, le rapport du mot envers la pensée et la formation des conceptions nouvelles sont des opérations mentales si compliquées, si mystérieuses et si délicates que chaque intervention paraît être une force brutale, fausse, qui retarde le développement. Comprendre ! c’est facile à dire, mais chacun ne sait-il pas qu’on peut comprendre bien des choses en lisant le même livre ? Un élève qui ne comprend que deux ou trois mots de la phrase peut saisir une fine nuance de pensée ou le rapport de cette pensée avec ce qui précède. Vous, le maître, vous insistez sur une interprétation, tandis que l’éleve n’a pas du tout besoin de ce que vous voulez lui expliquer. Parfois il a bien compris, seulement il ne sait pas vous le montrer, et lui-même, pendant ce temps, pense vaguement et étudie toute autre chose, très utile et importante pour lui. Vous insistez pour qu’il s’explique, mais il doit, avec des mots, dé-