Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol13.djvu/414

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pas de crier jusqu’au vacarme et de répéter plusieurs fois la même chose, et maintienne l’animation joyeuse et le zèle dans les limites qui conviennent.

L’été, par suite des fréquentes visites et des changements de maître, cet ordre ne fut pas toujours suivi, et l’enseignement de l’histoire devint beaucoup moins bon. Le nouveau maître restait abasourdi du bruit que faisaient les élèves. Il lui semblait que les élèves ne criaient que pour crier, et, principalement, il étouffait dans la foule des élèves qui grimpaient sur son dos et s’approchaient presque jusqu’à ses lèvres. (Pour bien comprendre, les enfants ont besoin d’être très près de celui qui parle. Ils doivent voir chaque changement d’expression de son visage, chacun de ses mouvements. J’ai souvent remarqué qu’on se rappelle toujours mieux les passages où celui qui raconte a fait un geste sûr, une intonation juste.) Le nouveau maître créa l’obligation de rester sur les bancs et de répondre isolément. Celui qu’on interrogeait se taisait, était gêné, et le maître, regardant de côté avec un sourire charmant de résignation à son sort, disait : — « Eh bien !… Et après ?… Bien… Très bien… » etc. C’est un moyen que nous tous, maîtres, connaissons.

Je me suis convaincu par l’expérience que rien n’est plus nuisible au développement de l’enfant que les interrogations isolées et les rapports de chef à subordonné entre le maître et l’élève, et pour