Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol13.djvu/418

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tement que celui de mes propres connaissances, bien que ni eux, ni moi ne récitions des leçons. Et si un étranger désire apprécier ce degré de connaissances, qu’il vive avec nous et étudie les résultats et les applications pratiques de ce que nous savons. Il n’y a pas d’autre moyen, et tous les examens ne sont que tromperie, mensonge et font obstacle à l’enseignement.

Dans l’œuvre de l’enseignement il n’y a qu’un seul juge indépendant, c’est le maître, et seuls les élèves peuvent le contrôler. Dans l’enseignement de l’histoire les élèves répondent tous ensemble non en vue du contrôle de leurs connaissances, mais parce que le besoin en eux est de graver par la parole les impressions reçues. Durant l’été, ni moi ni le nouveau maître ne l’avons compris. Nous ne voyions en cela que le moyen de contrôler leurs connaissances et c’est pourquoi nous avons trouvé plus commode de les contrôler isolément. Je ne réfléchissais point alors pourquoi c’était ennuyeux et mauvais, et c’est ma foi en la nécessité de la liberté des élèves qui me sauva. La plupart commençaient à s’ennuyer. Seuls, trois enfants, les plus hardis, répondaient toujours ; trois enfants, les plus timides, se taisaient toujours, pleuraient et recevaient des zéros. Pendant l’été je négligeai la classe d’histoire sainte et le maître, qui aimait l’ordre, avait toute liberté pour classer les enfants sur les bancs, les tourmenter isolément et s’indigner de leur abrutissement. Plusieurs fois,