Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol13.djvu/483

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


résolvent très simplement : Nous sommes des milliers, ils sont des millions.

Je continue la comparaison avec le phénomène ordinaire, physiologique. Un homme passe de l’air frais dans une salle basse empestée de tabac. Toutes ses fonctions vitales sont actives : son organisme se nourrit par l’aspiration d’une grande quantité d’oxygène qu’il puise dans l’air pur. L’organisme, habitué à fonctionner, aspire l’air empesté de la chambre. Les gaz nuisibles arrivent au sang en grande proportion, l’organisme s’affaiblit (souvent il y a syncope, parfois mort), tandis que des centaines d’hommes continuent de respirer, de vivre dans ce même air empoisonné, seulement parce que toutes leurs fonctions sont ralenties, parce qu’ils vivent moins, plus faiblement. Si l’on m’objecte : « Les uns et les autres vivent, et qui peut dire quelle vie est la plus normale et la meilleure ? Il arrive souvent qu’un homme qui sort d’une atmosphère empestée et va à l’air pur est pris de syncope. » La réponse est facile. Non d’après la physiologie, mais par le simple bon sens on répondra simplement : « Où vit la majorité des hommes ? À l’air pur ou dans des prisons empestées ? » Et il suivra la majorité, et le physiologiste, observant les fonctions des uns et des autres, dira que les fonctions sont plus actives, la nutrition plus complète chez celui qui vit à l’air pur.

Le même rapport existe entre les arts de ce