Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol13.djvu/506

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gâter notre enseignement. Les parents, les maîtres et les élèves eux-mêmes eurent le désir d’étonner tout le village et de chanter à l’église. Nous nous sommes mis à étudier la messe et des chœurs chérubiques de Bortniansky. Cela nous semblait devoir être plus agréable pour les enfants ; mais ce fut le contraire.

Bien que le désir d’aller dans le chœur les soutint et qu’ils aimassent la musique, bien que les élèves et nous insistions sur ce sujet plus que sur tout autre, souvent j’avais pitié de voir comment un petit Kiruchka quelconque, en souliers troués, cherchait sa partie. On le forçait à répéter dix fois ; à la fin, il s’emportait et, en frappant du doigt sur les notes, soutenait la justesse de son chant. Nous allâmes une fois à l’église et avec succès. L’enthousiasme était grand, mais l’enseignement du chant en souffrait. On commençait à s’ennuyer pendant la leçon, et c’est seulement vers Pâques, qu’avec de grands efforts, nous pûmes chanter un nouveau chœur. Nos chantres étaient devenus semblables à ceux des chœurs de l’archevêque qui, souvent, chantent très bien, mais chez qui, grâce à cet art, a disparu la plus grande partie de leur amour du chant et qui s’imaginent savoir des notes qu’ils ignorent absolument. J’ai souvent observé que ceux qui sortent de pareilles écoles et se mettent eux-mêmes à enseigner sans avoir l’idée des notes sont tout à fait déroutés dès