Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol13.djvu/517

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Une fois, la nuit, je m’éveille et j’entends que ma mère pleure. Grand’mère se lève et dit : « Qu’as-tu ? Que Christ soit avec toi ! » La mère dit : « L’enfant est mort ! »

Grand’mère alluma du feu, lava l’enfant, lui mit une chemise propre, une ceinture et le plaça sous les icônes. Quand le jour fut venu, grand’mère sortit de l’isba, et revint accompagnée de l’oncle Néfède. L’oncle apportait deux vieilles planches. Il se mit à préparer la bière. Il fit une petite caisse et y mit l’enfant. Ensuite la mère s’assit près de la bière et, d’une voix perçante, se prit à geindre, puis ensuite à sangloter. Après, l’oncle Néfède prit la bière sous son bras et l’emporta pour l’ensevelir.

La seule joie chez nous fut le mariage de la sœur aînée. Une fois, les paysans sont venus chez nous, ils ont apporté le pain et le vin. Et ils se mirent à offrir le vin à ma mère. Ma mère but, l’oncle Ivan coupa un morceau de pain et le lui tendit. Je me trouvais près de la table et voulais goûter au pain. Je penchai la tête de ma mère et le lui dis bas à l’oreille. Ma mère rit et l’oncle Ivan dit : « Quoi ? Il veut du pain ? » Et il m’en coupa une large tranche. Je pris le pain et m’en allai dans la chambre noire, ma sœur s’y trouvait. Elle se mit à m’interroger : « Qu’est-ce que les paysans disent là-bas ? » « Je lui répondis : « Ils boivent du vin. » Elle rit et dit : « On me fiance à Kondraschka. »

Après on a fait le mariage. Tous se levèrent de grand matin. Grand’mère allumait le poêle, la mère préparait le gâteau, tante Akoulina lavait la viande.

Ma sœur prit des bottes neuves, une robe rouge, un joli fichu sur la tête et ne travailla pas de la journée. Ensuite, quand l’isba fut bien chauffée, ma mère s’habilla aussi et beaucoup de gens arrivèrent chez nous, l’isba en était pleine. Ensuite dans notre cour arri-