Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol13.djvu/519

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rents. Bientôt grand’mère mourut. Je me rappelle comment ma mère sanglotait et gémissait : « Ma mère chérie ! À qui m’as-tu laissée ? À qui as-tu confié ton enfant, où prendrai-je assez de raison ! comment pourrai-je vivre ! «

Et longtemps elle pleura et gémit ainsi.

Une fois j’allai avec d’autres gamins sur la grande route, garder les chevaux, et je vois venir un soldat avec un petit sac sur le dos. Il s’approche des enfants et dit : « De quel village êtes-vous, les enfants ? » Nous répondons : « De Nikolskoïé. » « Dites-moi, est-ce que chez vous demeure une femme de soldat, Matriona ? » Et moi, je lui répondis : « C’est ma mère. » Le soldat me regarda et dit : « As-tu jamais vu ton père ? » Je dis :« Il est soldat, je ne le connais pas. » Le soldat dit : « Eh bien, allons, conduis-moi chez Matriona, je lui apporte la lettre de ton père. » Je dis : « Quelle lettre ? » Et lui me répond. « Allons, tu verras. Eh bien ! Allons-y. »

Le soldat partit avec moi, mais il marchait si vite que j’avais peine à le suivre. Nous voilà arrivés à la maison.

Le soldat pria Dieu et dit : « Bonjour. » Ensuite il se débarrassa, s’assit sur le banc et dit : « Quoi ! c’est toute la famille ? » La mère devint gênée, ne dit rien, regardant seulement le soldat. Et lui, demande : « Où est ma mère ? » Et il se met à pleurer. Alors ma mère s’approche de mon père et se met à l’embrasser. Moi aussi je grimpai sur ses genoux et me mis à le fouiller. Alors il cessa de pleurer et se mit à rire.

Ensuite des gens arrivèrent. Le père saluait tout le monde, et racontait qu’il était maintenant libéré pour toujours du service.

Quand le bétail fut rentré, ma sœur aînée vint aussi et embrassa le père. Et le père dit : « Quelle est cette