Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol13.djvu/87

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


nous tûmes et partîmes, et les huit enfants sont restés pour les expériences du maître. Cela se passait en l’automne de 1861.

Et comme ce même précepteur aurait pu bien apprendre à ces huit enfants, à lire et à écrire, en les faisant asseoir à la table, devant l’alphabet et les psaumes, et même en leur tirant un peu les cheveux, comme le lui faisait le diacre qui l’avait instruit ! Combien de pareils exemples de belle éducation selon les nouvelles méthodes peut-on trouver en notre temps riche de toutes sortes d’écoles, — sans parler des écoles du dimanche, — et qui sont pleines d’absurdités pareilles !

Et voilà un autre exemple, du contraire. Dans l’école du village ouverte le mois dernier, à la rentrée de la classe j’ai remarqué un fort garçon de quatorze ans qui, pendant que les élèves répétaient les lettres, marmottait quelque chose et souriait d’un air content de soi. Il n’était pas inscrit parmi les écoliers. Je l’ai interrogé : il connaissait toutes les lettres sauf quelques-unes, et il en avait honte. Je lui fis dire les syllabes ; il les connaissait bien. Je le fis lire : il lisait sans épeler, bien qu’il n’y crût pas lui-même. — « Où as-tu appris ? » — « Pendant l’été, quand j’étais berger, un camarade qui savait lire m’a montré. — Tu as un alphabet ? — Oui. — Qui te l’a donné ? — Je l’ai acheté. — Tu as étudié longtemps ? — Tout un été, dans le champ il m’a montré, voilà, comme ça j’ai appris. » Un