Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol16.djvu/104

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d’Alexis Alexandrovitch. Cependant, il était loin d’être sincère : jusqu’alors il ne s’était guère apitoyé sur les malheurs de cette sorte, et dans la fréquence des infidélités qu’il constatait il ne trouvait qu’une occasion plus souvent répétée de se grandir lui-même dans sa propre estime.

« C’est un malheur dont nul n’est à l’abri, continuait-il ; je le subis à mon tour. Tout ce que j’ai de mieux à faire est de m’arranger pour faire face à la situation dans les meilleures conditions possibles. » Et il passa en revue les diverses façons d’agir pour un homme qui se trouve dans sa situation.

« Darialov s’est battu en duel… »

Dans sa jeunesse, le duel avait particulièrement occupé la pensée d’Alexis Alexandrovitch, précisément parce qu’il était par tempérament très craintif, et s’en rendait compte. Il ne pouvait se figurer sans effroi le canon d’un pistolet dirigé sur lui et, de sa vie, il n’avait jamais pu se décider à faire usage d’une arme. Cette disposition d’esprit l’avait, dès sa jeunesse, souvent amené à penser au duel et à envisager la situation où s’imposerait l’obligation d’exposer sa vie. Depuis qu’il connaissait le succès et possédait une situation sociale prépondérante, il avait oublié ce sentiment, mais l’habitude de redouter sa propre lâcheté était maintenant si forte qu’Alexis Alexandrovitch réfléchit longuement et examina sous toutes ses faces la question du