Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol16.djvu/106

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


pas que la vie d’un homme d’État nécessaire à la Russie, soit exposée au danger ? Qu’adviendrait-il alors ? Il arriverait que tout en sachant d’avance que l’affaire n’aboutirait pas, je me donnerais par cette provocation tous les dehors d’un homme courageux. Ce serait là une façon d’agir malhonnête, et dénuée de toute franchise ; ce serait, en effet, tromper les autres et moi-même. Le duel est donc impossible et, en outre, personne n’attend cela de moi. Mon objectif doit être de sauvegarder ma réputation qui m’est nécessaire pour poursuivre, sans obstacles, ma carrière. »

Le service public, qui déjà auparavant avait aux yeux d’Alexis Alexandrovitch une très haute importance, en revêtait en ces circonstances une plus grande encore.

Ayant ainsi discuté et finalement éliminé l’hypothèse d’un duel, Alexis Alexandrovitch songea au divorce, moyen auquel avaient eu recours quelques-uns des époux dont la mésaventure lui revenait à la mémoire. Passant en revue tous les cas connus de divorce (et il y en avait beaucoup) qui s’étaient produits dans la plus haute société, qui lui était si familière, Alexis Alexandrovitch n’en trouva pas un seul qui eût réellement atteint le but qu’il poursuivait. Dans tous ces cas, le mari avait cédé ou vendu la femme infidèle, et la coupable, celle qui en raison même de sa faute n’avait aucun droit au mariage, y avait gagné de se créer de