Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol16.djvu/110

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de rachat n’aboutiraient qu’au mensonge ; pas une seule fois, en outre, en ce moment d’épreuve, il n’avait songé à chercher un point d’appui dans la religion ; mais maintenant que sa décision concordait, lui semblait-il, avec les exigences de la religion, cette sanction de sa résolution lui donnait une entière satisfaction en même temps qu’elle lui procurait un certain calme. Il lui était agréable de penser que dans une affaire aussi grave personne ne pourrait l’accuser d’avoir agi contrairement aux préceptes de cette religion dont il tenait si haut le drapeau au milieu de la tiédeur et de l’indifférence générales.

Même en y réfléchissant davantage, Alexis Alexandrovitch ne voyait pas pourquoi ses rapports avec sa femme ne pouvaient rester, à peu de chose près, ce qu’ils étaient auparavant. Sans doute jamais il ne pourrait lui rendre son estime, mais rien ne l’obligeait à bouleverser sa vie parce que sa femme était coupable et infidèle. « Oui, le temps qui aplanit tout passera et nos relations d’autrefois se rétabliront, se disait-il, ou plutôt elles deviendront telles que le cours de ma vie n’en sera pas troublé. Qu’elle soit malheureuse, c’est dans l’ordre des choses, mais moi qui ne suis pas coupable, je ne dois pas souffrir. »