Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol16.djvu/120

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son mari serait compensé, pensait-elle, par la netteté de la situation. Le soir elle vit Vronskï mais ne lui parla pas de ce qui s’était passé entre elle et son mari, bien qu’il eût été nécessaire de le faire pour la décision qu’il importait de prendre.

Le lendemain matin, en s’éveillant, sa première pensée fut pour les paroles qu’elle avait dites à son mari ; celles-ci lui parurent si odieuses, si étranges et si brutales qu’elle ne pouvait comprendre comment elle avait eu le courage de les prononcer, et elle n’osait penser à ce qui allait en résulter. Mais les mots étaient lâchés et Alexis Alexandrovitch était parti sans rien dire.

« J’ai revu Vronskï et ne lui en ai pas parlé. Au moment où il partait j’ai voulu le rappeler et tout lui dire, mais j’ai craint qu’il ne trouvât singulier que je ne lui aie pas dit cela tout d’abord. Pourquoi cette crainte et ce silence ? »

Et en réponse à cette question la rougeur de la honte envahit son visage. Elle s’expliqua ce qui l’avait retenue : elle comprit qu’elle avait eu honte. Sa situation qui, la veille au soir, lui paraissait des plus claires, lui semblait maintenant sans issue. Elle qui, jusqu’alors, n’avait pas même songé au déshonneur fut soudain prise de peur lorsque cette pensée lui vint. Réfléchissant à la décision que pourrait prendre son mari, les idées les plus terribles lui venaient à l’esprit. Elle s’imaginait que d’un instant à l’autre l’intendant de son mari