Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol16.djvu/121

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allait arriver pour la chasser de la maison et que sa faute serait proclamée à la face de l’univers. Elle se demandait où elle irait si on la chassait ainsi et ne savait que répondre. D’un autre côté, reportant sa pensée sur Vronskï, elle s’imaginait que l’amour qu’il avait eu pour elle n’était plus si fort, qu’il commençait à se lasser d’elle ; elle, de son côté ne pouvait s’imposer à lui, et, finalement, elle ressentait de la haine pour lui. Ces paroles qu’elle avait dites à son mari et qui ne cessaient de hanter son cerveau, elle s’imaginait les avoir dites en public et elle en arrivait à croire que l’univers entier les avait entendues. Elle ne pouvait se résoudre à regarder en face les gens de son entourage ; elle évitait d’appeler sa femme de chambre, elle hésitait même à descendre, redoutant la présence de son fils et de sa gouvernante.

Tout à coup, la femme de chambre qui, depuis longtemps, guettait près de la porte, se décida à entrer d’elle-même. Anna la regarda interrogativement et rougit de crainte. La femme de chambre s’excusa d’être entrée disant qu’elle avait cru entendre sonner. Elle apportait une robe et un billet. Le billet était de Betsy. Celle-ci lui rappelait que le matin même viendraient chez elle Lisa Merkalova et la baronne Stoltz avec ses admirateurs : Kaloujinskï et le vieux Strémov, pour une partie de croquet. « Venez, ne serait-ce que pour une étude de mœurs ; je vous attends », disait-elle en terminant.