Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol16.djvu/131

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leur loi est si stupide. Mais ne sais-je pas pourquoi il parle ainsi ? Il ne croit pas à mon affection pour mon fils, peut-être méprise-t-il mon sentiment. Mais il sait que je n’abandonnerai pas mon fils, car sans lui la vie m’est impossible même avec celui que j’aime, et en abandonnant mon fils pour m’enfuir, j’agirais comme la femme la plus basse, la plus infâme. Il sait tout cela et il est convaincu que je n’aurai pas la force d’agir ainsi. »

Elle se rappelait encore cette phrase : « Notre vie doit rester ce qu’elle était ». Cette vie, auparavant, était pleine de souffrances, les derniers temps même elle était devenue terrible, que serait-ce donc maintenant ? Tout cela il le sait. Il sait aussi que je ne puis pas me repentir de ce qui est la raison d’être de ma vie, de mon amour. Il sait que toutes ses exigences ne peuvent aboutir qu’au mensonge et à la fausseté ; mais il cherche à prolonger ma torture, je le connais. Il nage dans le mensonge comme le poisson dans l’eau. Mais, je ne lui ferai pas ce plaisir, non ; je déchirerai ce tissu de mensonges dans lequel il cherche à m’envelopper. Advienne que pourra. Tout est préférable au mensonge et à la fausseté ! Mais que faire ? mon Dieu, mon Dieu ! Y a-t-il jamais eu une femme aussi malheureuse que moi ?… Non, je briserai tout, tout ! » s’écria-t-elle en bondissant et en refoulant ses larmes. Et elle s’approcha de la table pour écrire une autre lettre. Mais au fond de son