Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol16.djvu/144

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Anna, qui n’avait encore jamais rencontré cette nouvelle célébrité, fut frappée de sa beauté ainsi que de l’excentricité excessive de sa toilette et de la hardiesse de ses manières. Elle était coiffée d’un véritable échafaudage de cheveux, les uns vrais, les autres faux, d’une nuance dorée, en sorte que sa tête était à peu près aussi haute que son buste, moulé dans un corsage très décolleté. Ses gestes étaient si accentués qu’à chacun de ses mouvements se dessinaient les formes de ses genoux et de ses cuisses.

Betsy se hâta de la présenter à Anna.

— Imaginez-vous que nous avons failli écraser deux soldats, se mit-elle aussitôt à raconter, accompagnant son sourire d’un clignement d’yeux et repoussant du pied la queue de sa robe. J’étais en voiture avec Vaska… Au fait, vous ne le connaissez pas ; elle désigna alors le jeune homme par son nom de famille, en rougissant et riant tout à la fois de s’être oubliée à l’appeler Vaska devant une étrangère. Le jeune homme salua de nouveau Anna, mais sans rien lui dire. S’adressant alors à Sapho :

— Vous avez perdu votre pari, nous sommes arrivés les premiers. Payez, dit-il en souriant.

Sapho répondit, plus gaiement encore :

— Pas maintenant.

— Soit, vous me paierez plus tard.

— Bon ! bon ! Mais, s’écria-t-elle tout à coup,