Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol16.djvu/145

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s’adressant à la maîtresse de maison. Je suis bonne… j’ai tout à fait oublié. Je vous ai amené un hôte. Le voici.

Cet hôte inattendu qu’amenait Sapho et qu’elle oubliait de présenter, avait cependant une telle importance que, malgré sa jeunesse, les deux dames se levèrent pour le saluer.

C’était un nouvel admirateur de Sapho, qu’à l’exemple de Vaska il ne quittait pas d’une semelle.

Bientôt arrivèrent le prince Kaloujsky en compagnie de Strémov et de Lisa Merkalova. Celle-ci, brune et maigre, avait le type oriental, l’air nonchalant et des yeux charmants, que tout le monde disait impénétrables. Sa toilette de teinte sombre, qui aussitôt attira l’attention et causa l’admiration d’Anna, était en parfaite harmonie avec son genre de beauté. Autant Sapho était brusque et vive, autant Lisa, au contraire, était souple et langoureuse.

De l’avis d’Anna, Lisa était beaucoup plus séduisante. Betsy, en parlant d’elle, lui avait dit qu’elle posait à l’enfant innocent, mais aussitôt qu’elle la vit, elle se rendit compte que ce reproche était injustifié. À la vérité, elle était bien réellement une femme naïve et jolie, mais elle était charmante et à coup sûr irresponsable. Au demeurant, ses manières ne valaient guère mieux que celles de Sapho ; comme celle-ci, en effet, elle était