Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol16.djvu/183

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Il lui était pénible en ce moment de l’entendre dire des mensonges. Elle sentait qu’en dehors de son amour il ne lui restait plus rien et elle voulait l’aimer.

— Comprends donc, que du jour où je t’ai aimé, tout en moi s’est transformé. Ton amour seul compte pour moi, s’il m’appartient toujours, je me sens à une hauteur telle que rien ne peut m’atteindre. Je suis fîère de ma situation parce que je suis fière… oui, fière…

Elle n’acheva pas sa phrase. Des larmes de honte et de désespoir étouffaient sa voix. Elle s’arrêta et se mit à sangloter.

De son côté, Vronskï sentait l’émotion lui barrer la gorge et lui serrer le nez ; pour la première fois de sa vie il se mit à pleurer. Il n’aurait pu dire cependant d’une façon précise ce qui l’attendrissait le plus. Certes il plaignait sincèrement Anna mais il se sentait incapable de la consoler ; pourtant il se savait l’unique cause de son malheur et il avait conscience d’avoir commis une mauvaise action.

— Le divorce est-il donc impossible ? demanda-t-il timidement.

Elle hocha la tête sans répondre.

— Ne pourrais-tu pas garder ton fils tout en quittant ton mari ?

— Sans doute, mais tout dépend de lui. Pour l’instant il me faut retourner chez lui, fit-elle sèchement.