Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol16.djvu/189

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voulait encore dire quelque chose, mais il s’arrêta. Plusieurs fois, il ouvrit la bouche, mais sans prononcer un seul mot. De son côté Anna, bien que préparée à cette entrevue à laquelle elle était venue avec la ferme résolution de l’écraser sous son mépris et ses accusations, ne trouvait rien à dire, prise subitement de pitié pour lui. Leur silence fut assez long.

— Comment va Sérioja ? demanda-t-il, et, sans attendre la réponse il ajouta : Je ne dînerai pas à la maison, aujourd’hui, j’ai besoin de sortir tout de suite.

— Je voulais partir pour Moscou, dit-elle.

— Non. vous avez très, très bien fait de rentrer, répondit-il, et de nouveau il se tut.

Voyant qu’il ne pouvait se décider à parler, Anna prit les devants.

— Alexis Alexandrovitch, dit-elle sans baisser les yeux, lui tenait toujours son regard fixé sur sa coiffure, je suis une femme coupable et mauvaise, mais je reste telle que je vous ai dit être, et si je suis venue ici, c’est pour vous dire que je ne puis changer.

— Je ne vous demande pas cela, dit-il (son ton s’était subitement raffermi, et son regard qu’il ne cherchait plus à détourner maintenant était chargé de haine), je le supposais. (Sous l’influence de la colère il reprenait visiblement possession de toutes ses capacités.) Ainsi que je vous l’ai dit et écrit, —