Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol16.djvu/19

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le jeune médecin apprécia respectueusement ; enfin il se trouva en cette disposition d’esprit, bien connue de son frère, qu’il éprouvait ordinairement à la suite d’une conversation brillante et animée.

Après le départ du médecin, il exprima le désir d’aller pécher à la ligne, affectant d’être fier de trouver de l’intérêt à une occupation aussi stupide. Constantin Lévine qui avait besoin d’aller dans les prés proposa à son frère de l’emmener en cabriolet.

On était alors en plein été, à ce moment de l’année où la récolte est déjà bien définie, et où l’on commence à songer aux semailles de l’année future ; c’était l’époque de la fenaison, l’époque où les épis gris verdâtre des seigles se balancent au gré du vent sur leurs tiges légères, où les avoines vertes mêlées de jaune sortent çà et là des semis tardifs, où le sarrasin tombe déjà sur le sol qu’il recouvre, et où se répand l’odeur du fumier desséché.

C’était le moment de ce court répit des travaux champêtres, qui se renouvelle chaque année, avant la récolte qui nécessite toutes les forces des travailleurs. Celle-ci s’annoncait magnifique ; les journées d’été étaient claires et chaudes et les nuits courtes étaient accompagnées d’une bienfaisante rosée.

Il fallait traverser le bois pour arriver aux prés.

Serge Ivanovitch ne cessait d’admirer la beauté de la forêt touffue, signalant à son frère tantôt un