Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol16.djvu/211

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Contrairement à son espoir, la chasse fut loin d’être belle. La mare était desséchée et les bécasses se faisaient rares. Au bout de la journée il se trouvait n’avoir tué que trois pièces ; mais en revanche, il rapportait, comme de coutume en pareil cas, un vigoureux appétit et une excellente humeur ; il se trouvait en un mot dans cette disposition d’esprit particulièrement favorable que lui procurait toujours l’exercice physique. Pendant la chasse, alors qu’on l’eût dit exempt de toute préoccupation, il ne pouvait se défendre de songer sans cesse au vieux paysan et à sa famille, et cette pensée semblait soulever en lui une question qu’il s’efforçait en vain de résoudre.

Le soir, deux propriétaires vinrent, pendant le thé, causer affaires et la conversation prit naturellement le tour intéressant qu’avait prévu Lévine.

Celui-ci était tout près de la maîtresse de la maison, à la table à thé ; il causait avec la jeune femme dont il avait la sœur pour vis-à-vis. La maîtresse de la maison était une petite blonde, au visage rond, tout en fossettes et en sourires. Lévine l’observait avec soin, espérant découvrir en elle la solution de l’indéchiffrable énigme que représentait pour lui son mari ; mais, malgré tous ses efforts, il ne pouvait parvenir à se rendre maître de ses pensées et il éprouvait une étrange sensation de gêne. Ce trouble était causé uniquement par la toilette de la belle-sœur de son ami ; celle-ci en effet por-