Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol16.djvu/291

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— Je voulais seulement… dit-elle en rougissant.

Sa grossièreté l’irritait et lui donnait de la hardiesse.

— Ne sentez-vous pas combien il vous est facile de me blesser ? dit-elle.

— On peut blesser un honnête homme ou une honnête femme, mais lorsqu’on dit à un voleur qu’il est un voleur, ce n’est là que la simple constatation d’un fait.

— Je ne vous savais pas si cruel.

— Vous appelez cruauté ce fait qu’un mari laisse à sa femme la liberté entière, et lui conserve l’honnête abri de son nom, sous la seule condition de respecter les convenances. C’est là de la cruauté, à votre avis ?

— C’est pire. C’est de la lâcheté, si vous voulez le savoir, s’écria-t-elle avec emportement.

Et elle se leva pour sortir.

— Non ! cria-t-il d’une voix perçante et d’un ton plus élevé que de coutume, en saisissant dans ses grands doigts son poignet qu’il serra si fortement, que le bracelet qu’elle portait y laissa des traces rouges, et la forçant ainsi à rester sur place.

— De la lâcheté ? Si vous tenez à faire usage de ce mot, je vous dirai que la première des lâchetés, c’est d’abandonner son mari et son fils pour un amant, tout en continuant à manger le pain du mari.

Elle baissa la tête. Loin de prononcer les paroles