Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol16.djvu/314

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réjouissait particulièrement Stépan Arkadiévitch. Il était très gai et se sentait heureux de vivre.

Il y avait bien deux choses qui lui semblaient un peu désagréables, mais elles se trouvaient noyées dans toute cette joie dont son âme débordait.

C’était d’abord l’attitude froide et sévère dont Alexis Alexandrovitch s’était montré revêtu la veille lorsqu’il l’avait rencontré dans la rue ; en outre, il n’était pas venu les voir et ne les avait pas informés de sa présence à Moscou ; enfin certaines rumeurs étaient parvenues jusqu’à lui relativement aux relations de Vronskï et d’Anna : bref, Stépan Arkadiévitch devinait qu’il se passait quelque chose entre le mari et la femme. Le second nuage qui obscurcissait l’horizon de son bonheur, c’était que le nouveau chef, comme d’ailleurs tous les nouveaux chefs, avait déjà la réputation d’un homme terrible se levant à six heures du matin, travaillant comme un cheval et exigeant la même assiduité de ses subordonnés. En outre, on en faisait un ours, lui prêtant des manières diamétralement opposées à celles de son prédécesseur, lequel, par ses habitudes, se rapprochait beaucoup de Stépan Arkadiévitch lui-même.

La veille, Stépan Arkadiévitch avait fait son service revêtu de l’uniforme et le nouveau chef s’était assis auprès de lui et lui avait parlé comme à une connaissance. Aussi, Stépan Arkadiévitch s’était-il cru obligé de lui rendre visite en redingote. Peut-