Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol16.djvu/329

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depuis longtemps ils étaient habitués à se fâcher, à se railler l’un l’autre pour leur erreur incorrigible. Ils entraient, causant du beau temps, quand Stépan Arkadiévitch les avait joints.

Dans le salon se trouvaient déjà le prince Alexandre D. Stcherbatzkï, le jeune Stcherbatzkï, Tourovtzine, Kitty, Karénine. Stépan Arkadiévitch vit aussitôt qu’en son absence au salon, cela ne marchait pas. Daria Alexandrovna, en robe de soie grise, préoccupée évidemment des enfants qui devaient dîner seuls dans leur chambre et de l’absence de son mari, ne savait comment animer cette société. Tous étaient assis (selon l’expression du vieux prince) comme des femmes de popes en visite, visiblement étonnés de se trouver réunis là et s’efforçant de prononcer des mots pour ne pas rester muets. Le bonhomme Tourovtzine paraissait ne pas se sentir dans sa sphère, et le sourire de ses lèvres charnues avec lequel il accueillit Stépan Arkadiévitch, sembla dire : « Eh bien, mon cher ! tu m’as mis là avec des gens bien amusants ; les libations du Château des fleurs sont certainement plus dans mes goûts ! »

Le vieux prince était assis et lançait de côté des regards brillants vers Karénine ; Stépan Arkadiévitch comprit qu’il avait déjà inventé quelque bon mot, pour caractériser cet homme d’État, en l’honneur duquel, comme pour un sterlet, on avait convié ces hôtes. Kitty regardait la porte en se