Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol16.djvu/358

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ne le touchaient point. Son âme était encore pleine de la douloureuse amertume de ce jour où il avait décidé de divorcer. Il se secoua, et d’une voix perçante s’écria :

— Je ne puis ni ne veux pardonner ; ce serait injuste. J’ai fait tout pour cette femme, et elle a tout traîné dans la boue où elle paraît se complaire. Je ne suis pas un méchant homme, je n’ai jamais haï personne, mais elle, je la hais de toutes les forces de mon âme, et je ne puis lui pardonner car je la hais trop ; elle m’a fait trop de mal !

— Aimez ceux qui vous haïssent, murmura Daria Alexandrovna.

Alexis Alexandrovitch eut un sourire de mépris. Il connaissait cette parole depuis longtemps, mais elle ne pouvait s’appliquer à son cas.

— On peut aimer ceux qui vous haïssent, oui, mais non ceux qu’on hait. Excusez-moi de vous avoir dérangée ; à chacun sa peine !

Et, se maîtrisant, Alexis Alexandrovitch salua d’un air calme et partit.