Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol16.djvu/360

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qu’une chose : que tout le monde fût content. Il savait maintenant qu’une seule personne avait de l’importance pour lui ; du salon où elle se trouvait d’abord, il la sentit s’avancer puis s’arrêter près de la porte. Sans se retourner, il sentit son regard fixé sur lui, il sentit qu’elle souriait et ne put s’empêcher de se retourner. Elle se trouvait à la porte avec Stcherbatzkï et le regardait.

— Je pensais que vous alliez vous mettre au piano, dit-il en s’approchant d’elle. Voilà ce qui me manque à la campagne, la musique.

— Non, nous venions seulement vous chercher, et je vous remercie d’être venu, dit-elle en le gratifiant d’un sourire. À quoi bon discuter ? Jamais on ne peut se convaincre.

— Oui, c’est vrai, dit Lévine. Le plus souvent on discute chaleureusement sans comprendre ce que veut prouver l’adversaire.

Lévine avait souvent remarqué que dans les discussions entre gens même très intelligents, après de grands efforts de logique et beaucoup de mots, les interlocuteurs arrivent à conclure que ce qu’ils avaient eu tant de peine à se prouver l’un l’autre, leur était connu depuis longtemps et bien avant le début de la discussion, mais qu’ayant des sympathies différentes ils ne voulaient pas prendre parti ouvertement, afin de ne pas avoir le dessous dans la discussion. Il avait souvent constaté que parfois, au cours d’une discussion, on comprend ce