Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol16.djvu/401

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mais bon, simple et majestueux. Vronskï ne pouvait se le dissimuler. Les rôles étaient intervertis ; il sentait la hauteur et la droiture de Karénine et se rendait compte de sa propre humiliation et de sa propre bassesse. Il voyait combien le mari, dans sa douleur, était magnanime, et combien lui, Vronskï, était vil et mesquin. Mais cette conscience de son infériorité devant cet homme qu’il avait injustement méprisé n’entrait que pour une faible part dans son malheur.

Ce qui le faisait profondément souffrir, c’était que sa passion pour Anna, qui, les derniers temps, lui semblait s’être refroidie, l’avait repris, depuis quelle était en danger de mort, avec une ardeur plus forte que jamais. Il l’avait appréciée entièrement pendant sa maladie. Il avait compris son âme, et il lui semblait ne l’avoir pas aimée jusqu’alors. Et maintenant qu’il la connaissait bien, qu’il l’aimait comme elle le méritait, il était avili devant elle et la perdait pour toujours, en lui laissant un souvenir humiliant. Il se rappelait avec horreur le moment ridicule et honteux où Alexis Alexandrovitch avait écarté ses mains de son visage couvert de honte.

Il était sur le perron de la maison des Karénine, ne sachant dans son embarras ce qu’il devait faire.

— Dois-je faire avancer la voiture ? demanda le portier.

— Oui, la voiture, répondit-il.