Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol16.djvu/425

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— Tu es malade et nerveuse, dit-il, mais crois-moi, tu exagères beaucoup. Il n’y a là rien de si terrible.

Et Stépan Arkadiévitch lui sourit. En présence d’un semblable désespoir nul n’aurait osé sourire, par crainte de paraître grossier, mais dans le sourire de Stépan Arkadiévitch il y avait tant de bonté et de tendresse féminine, que loin d’offenser il adoucissait et calmait. Ses paroles douces et apaisantes et son sourire avaient une action calmante comparable à celle de l’huile d’amandes. Anna le sentit bientôt.

— Non, Stiva, dit-elle, je suis perdue, je suis perdue ! Pire que cela. Je ne suis pas encore perdue, je ne puis pas dire que tout soit terminé, au contraire, je crois que tout n’est pas fini. Je suis comme une corde tendue qui doit se rompre, mais ce n’est pas encore la fin… et cela se terminera d’une façon effroyable.

— Mais non ! on peut tout doucement détendre la corde. Il n’y a pas de situation qui n’ait une issue.

— Je l’ai pensé, je l’ai pensé ! Il n’y en a qu’une…

De nouveau il comprit à son regard effrayé que la seule issue qu’elle prévoyait était la mort et il ne la laissa pas achever.

— Nullement, dit-il. Écoute-moi. Tu ne peux pas voir ta situation comme moi. Permets-moi de te dire franchement mon opinion.