Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol16.djvu/82

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— Oui, si son cœur ne parle pas…

— Même si le cœur parle. Songez-y : vous autres, hommes, si vous avez en vue une jeune fille, que faites-vous ? vous fréquentez sa maison, vous essayez de vous rapprocher ; vous examinez en un mot, vous attendez d’être certains que vous aimez ; ensuite, et une fois que vous êtes bien fixés, vous faites votre demande…

— Non, ce n’est pas tout à fait exact.

— Il n’en est pas moins vrai que vous ne faites votre demande que quand votre amour a mûri, quand, entre deux partis, vous avez fait votre choix. Pour la jeune fille, c’est tout autre chose : on veut qu’elle choisisse et on ne lui en fournit pas les moyens : tout ce qu’elle peut faire, c’est de répondre oui ou non.

« Oui, le choix entre moi et Vronskï », pensa Lévine ; et le mort qui ressuscitait en son âme, lui sembla mourir une seconde fois en torturant son cœur.

— Daria Alexandrovna, dit-il, on choisit ainsi une robe ou quelque autre emplette sans importance mais pas l’amour. Au reste le choix a été fait, il en est ainsi, et on ne peut le refaire.

— Ah ! l’orgueil, l’orgueil ! dit Daria Alexandrovna, d’un air de mépris pour la bassesse de ce sentiment comparé à ceux que seules comprennent les femmes. Lorsque vous vous êtes déclaré à Kitty elle se trouvait précisément dans une de ces situations où l’on ne sait que répondre. Elle hésitait