Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol17.djvu/124

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— Kostia ! mène-moi près de lui ; pour nous deux ce sera moins dur. Mène-moi seulement et laisse-moi. Comprends donc que voir ta douleur et ne pas le voir, lui, c’est encore plus pénible pour moi ; tandis que là-bas, peut-être lui serai-je utile et à toi aussi. Je t’en prie. Permets-le moi.

Elle suppliait son mari comme si le bonheur de sa vie eût été en jeu.

Lévine dut consentir à l’accompagner et, oubliant tout à fait Marie Nikolaievna, il conduisit Kitty chez son frère.

Kitty marchait légèrement et se retournait sans cesse vers son mari, lui montrant son visage courageux et plein de tendresse. Elle entra doucement dans la chambre du malade, referma la porte sans bruit, et, d’un pas léger, s’approcha rapidement du lit se plaçant de façon à ne pas forcer le malade à tourner la tête : puis, elle prit aussitôt dans sa jeune main fraîche la main énorme et squelettique du mourant, la serra, et avec cette animation propre aux femmes, et qui ne blesse pas, elle se mit à lui parler.

— Nous nous sommes rencontrés à Soden, sans nous connaître, commença-t-elle. Vous ne pensiez pas que je deviendrais votre sœur ?

— Vous ne m’auriez pas reconnu, n’est-ce pas ? dit-il avec ce sourire qui avait éclairé son visage à son entrée.

— Non. Comme vous avez bien fait de nous faire prévenir ! Il ne se passait pas de jour que