Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol17.djvu/14

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


— Tu es bon ! fit en riant Stépan Arkadiévitch. Et tu me traites de nihiliste ! Voyons, il faut t’en occuper. Tu dois te confesser.

— Quand ? Nous n’avons plus que quatre jours. Ce fut encore Stépan Arkadiévitch qui arrangea cette affaire et Lévine commença ses dévotions.

Pour Lévine, comme pour tout incrédule qui, cependant, respecte les croyances des autres, l’obligation d’assister à des cérémonies religieuses de toutes sortes lui était très pénible. Dans l’état d’attendrissement où il se trouvait actuellement, cette nécessité de feindre, non seulement lui était pénible, mais odieuse. Comment en effet en ce moment où il se sentait en pleine gloire, en pleine joie, comment lui serait-il possible de dissimuler, de railler les choses saintes ?

Il demanda à Stépan Arkadiévitch s’il n’y aurait pas moyen de recevoir le billet sans être obligé de se confesser ; mais, hélas ! il lui fallait en passer par là.

— Et qu’est-ce que cela te fait ? c’est l’affaire de deux jours. Tu verras, c’est un très bon vieillard, très intéressant. Il t’arrachera cette dent sans même que tu t’en aperçoives.

Pendant la première messe Lévine s’efforça de faire revivre en lui les impressions juvéniles de ce vif sentiment religieux qu’il avait éprouvées entre seize et dix-sept ans. Mais il ne tarda pas à se convaincre qu’il y était impuissant. Il essaya