Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol17.djvu/144

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qu’auparavant. Personne, ni son frère, ni Kitty, ne parvint à le calmer. Il se fâchait contre tous et leur disait des choses désagréables ; il accusait tout le monde de ses souffrances et réclamait un célèbre médecin de Moscou ; et à toutes les questions qu’on lui adressait sur son état il répondait d’un ton de colère et de reproche qu’il souffrait d’une façon intolérable.

Le malheureux souffrait en effet de plus en plus, principalement de plaies qu’il était impossible de guérir, et il ne cessait de se fâcher contre ceux qui l’entouraient, leur reprochant toutes sortes de choses mais en particulier de n’avoir pas fait venir un grand médecin de Moscou.

Kitty faisait tout ce qu’elle pouvait pour adoucir son mal, pour le calmer, mais tous ses efforts étaient impuissants, et Lévine s’aperçut qu’elle souffrait physiquement et moralement quoiqu’elle ne voulût pas en convenir. L’attendrissement causé par l’approche de la mort, lorsque, pendant la nuit, il avait appelé son frère à son chevet, avait maintenant disparu. Tous savaient la fin inévitable, voyaient le malade mort à moitié, et tous en étaient arrivés à souhaiter la fin aussi prompte que possible ; mais en dépit de ce sentiment, on continuait à lui donner des potions, des remèdes, à faire chercher le médecin, à se tromper et à le tromper lui-même. Ils vivaient dans une atmosphère de dissimulation, au milieu du mensonge pénible, vilain,