Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol17.djvu/155

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frère seul lui était cher, mais celui-ci, entré aux Affaires étrangères, s’en alla à l’étranger où il mourut peu après le mariage d’Alexis Alexandrovitch.

Nommé gouverneur, Alexis Alexandrovitch fit la connaissance de la tante d’Anna, une femme très riche, qui manœuvra de façon à rapprocher de sa nièce ce gouverneur, jeune, sinon comme âge, du moins au point de vue de sa situation de gouverneur, et elle fit si bien qu’elle le plaça dans l’alternative de choisir entre une demande en mariage ou une démission. Alexis Alexandrovitch hésita longtemps, trouvant autant de raisons pour que contre, mais il ne put cette fois appliquer sa maxime favorite : « Dans le doute abstiens-toi. » La tante d’Anna lui fit entendre par une de ses connaissances que ses assiduités avaient compromis la jeune fille et qu’en homme d’honneur il devait se déclarer. C’est ce qu’il fit, et il donna à sa fiancée d’abord, puis à sa femme, toute la tendresse dont il était capable.

Son attachement pour Anna détruisit dans son âme tout autre besoin de relations cordiales ; si bien que maintenant parmi toutes ses connaissances il n’avait pas d’amis. Il avait cependant beaucoup de relations : il y avait beaucoup de gens qu’il pouvait inviter à dîner, qu’il pouvait entraîner dans une affaire qui l’intéressait, auxquels il pouvait demander une protection pour quelque