Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol17.djvu/180

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


sincère ? Admettons, puisque vous avez pardonné, que vous pardonniez encore, mais avons-nous le droit de troubler l’âme de cet ange ? Il la croit morte. Il prie pour elle et demande à Dieu de lui pardonner ses péchés… Et c’est le mieux… Que penserait-il maintenant ?

— Je n’y avais pas songé, dit Alexis Alexandrovitch reconnaissant la justesse de ces paroles. La comtesse Lydie Ivanovna se couvrit le visage de ses mains et se tut… Elle priait.

— Si vous demandez mon avis, dit-elle enfin, découvrant son visage, vous ne donnerez pas cette permission. Ne vois-je pas combien vous souffrez, combien tout cela ravive vos blessures ? Mais supposons que, comme toujours, vous fassiez abstraction de vous-même, à quoi cela peut-il mener ? Vous vous préparez de nouvelles souffrances et un trouble pour l’enfant ! S’il restait en elle quelque sentiment humain, elle ne demanderait pas cela. Non, sans aucune hésitation, je ne vous le conseille pas, et si vous me le permettez, je lui répondrai.

Alexis Alexandrovitch y consentit et la comtesse Lydie Ivanovna écrivit la lettre suivante :


« Madame,

« Votre souvenir peut amener votre fils à poser des questions auxquelles on ne saurait répondre sans obliger l’enfant à juger ce qui doit rester sacré pour lui. Vous voudrez donc bien comprendre