Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol17.djvu/197

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tant qu’il la regardait comme sa femme aussi bien que n’importe quel époux légitime ; et il le chargea de dire cela à sa femme et à leur mère.

— Le monde peut ne pas m’approuver, cela m’est indifférent, ajouta Vronskï, mais si ma famille tient à rester en bons termes avec moi, il est nécessaire qu’elle entretienne des relations convenables avec ma femme.

Le frère aîné, toujours respectueux des opinions de son cadet, ne sachant trop s’il avait raison ou non, laissa le monde résoudre cette question délicate. Personnellement il n’y trouvait rien à redire et, avec Alexis, alla voir Anna.

Vronskï, devant son frère comme devant tout le monde, disait vous à Anna, et son attitude envers elle était celle d’un ami intime, mais il était bien entendu que le frère connaissait leurs relations et ils causèrent ensemble du départ d’Anna pour la propriété de Vronskï.

Malgré son expérience du monde, Vronskï, en sa nouvelle situation, tombait dans une étrange erreur : lui qui mieux que tout autre devait comprendre que la société leur resterait fermée, se figura, par de vagues et bizarres considérations, que l’opinion publique, renonçant à de vieux préjugés, avait fait des progrès considérables (à son insu il était maintenant partisan de tout progrès), si bien que la question de leur admission dans la société ne se posait même plus. « Sans doute il ne