Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol17.djvu/200

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— Tu sais, Alexis, combien je t’aime, et suis prête à faire tout pour toi, dit-elle, après l’avoir écouté, mais si je me tiens à l’écart, c’est que je ne puis être utile ni à toi, ni à Anna Arkadiévna (elle articula avec soin les deux noms). Ne crois pas, je t’en prie, que je me permette de la juger. Jamais. À sa place peut-être aurais-je agi comme elle. Je n’entre pas et ne veux entrer dans aucun détail, ajouta-t-elle timidement en voyant s’assombrir son visage ; mais il faut bien appeler les choses par leur nom. Tu désires que je lui fasse une visite, que je la reçoive chez moi, afin de la réhabiliter dans la société. Mais comprends donc que je ne puis le faire. Mes filles grandissent, et je suis forcée, à cause de mon mari, de vivre dans le monde. Suppose que j’aille chez Anna Arkadiévna, je ne puis l’inviter chez moi, ou je dois faire en sorte qu’elle n’y rencontre pas les personnes qui envisagent les choses autrement. Ce sera la blesser ?… Je ne puis pas la relever…

— Mais je n’admets pas un instant qu’elle soit plus tombée que des centaines de femmes que vous recevez ! interrompit Vronskï encore plus sombre. Et il se leva, persuadé que la résolution de sa belle-sœur était inébranlable.

— Alexis, ne te fâche pas. Je t’en prie ! Ce n’est pas ma faute, dit Varia, le regardant avec un sourire craintif.

— Je ne t’en veux pas, dit-il, s’assombrissant de