Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol17.djvu/203

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un affront. Écrire à son mari ? Cette pensée seule lui était pénible et elle ne pouvait être tranquille qu’en l’oubliant. Voir son fils en promenade, en s’informant où il allait et à quelles heures, c’était peu pour elle. Elle s’était tellement préparée à cette rencontre, elle avait tant de choses à lui dire, tant de baisers à lui donner ! La vieille bonne de Serge aurait pu l’aider et lui donner un conseil, mais elle n’était plus chez Alexis Alexandrovitch. Elle perdit deux jours à la rechercher.

Ayant appris les relations suivies d’Alexis Alexandrovitch avec la comtesse Lydie Ivanovna, le troisième jour, elle se décida à lui écrire. Cette lettre où elle mentionnait intentionnellement la magnanimité de son mari, y faisant appel pour voir son fils, lui coûta beaucoup d’efforts ; mais elle savait que son mari verrait cette lettre et que, pour continuer son rôle d’homme magnanime, il accéderait à sa demande.

Le commissionnaire qui porta la lettre lui transmit la réponse la plus cruelle et la plus inattendue. Jamais elle ne se sentit aussi humiliée qu’après avoir rappelé le commissionnaire et entendu de lui le récit détaillé de la façon dont il avait été reçu, et de la phrase : « Il n’y a pas de réponse ! » qu’on lui avait jetée.

Anna se sentait offensée, humiliée, mais elle comprenait que, de son point de vue, la comtesse pouvait avoir raison. Sa douleur fut d’autant plus