Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol17.djvu/232

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au théâtre. Le spectacle battait son plein. Le contrôleur, un vieillard, ôta à Vronskï sa pelisse, et, le reconnaissant, l’appela « Votre Excellence » ; il lui dit de ne pas prendre de numéro mais tout simplement d’appeler Féodor.

Dans le couloir éclairé il n’y avait personne, sauf le personnel et deux valets de pied tenant des fourrures et écoutant aux portes. Par la porte entrouverte on entendait l’orchestre accompagnant une voix de femme qui articulait très distinctement une phrase musicale. La porte s’ouvrit, laissant passer un autre contrôleur, et la phrase chantée frappa l’oreille de Vronskï. Il ne put entendre la fin, la porte s’étant refermée, mais aux tonnerres d’applaudissements entendus au travers, il comprit que le morceau était terminé.

Quand il pénétra dans la salle brillamment éclairée d’un lustre et d’appliques de bronze, à gaz, les bravos duraient encore. Sur la scène, la cantatrice, les épaules nues, couverte de diamants, saluait en se penchant pour ramasser, avec l’aide du ténor qui lui donnait la main, de nombreux bouquets qui volaient sur la scène par-dessus la rampe : puis elle s’approcha d’un monsieur très pommadé qui allongeant le bras, lui tendait un écrin par-dessus la rampe.

Tout le public, des loges et de l’orchestre, s’agitait, criait, applaudissait. Le chef d’orchestre, de sa place aidait à passer l’objet et rajustait sa cravate