Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol17.djvu/275

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— Rappelez-vous ce que j’ai dit, Alexandre ne viendra pas, dit la vieille princesse.

On attendait par le train du soir Stépan Arkadiévitch et peut-être le vieux prince.

— Et je sais pourquoi, continua la princesse ; il prétend qu’il ne faut pas troubler la solitude des jeunes mariés.

— Papa nous abandonne. Nous ne l’avons pas vu, dit Kitty. Nous ne sommes plus de jeunes mariés. Nous sommes déjà de vieux époux.

— Seulement s’il ne vient pas, moi aussi je vous dirai adieu, dit la vieille princesse, soupirant tristement.

— Que dites-vous, maman ! protestèrent ses deux filles.

— Mais pensez donc qu’il est seul là-bas. Maintenant…

Tout à coup la voix de la princesse trembla.

Ses filles, sans rien dire, échangèrent un regard : « Maman trouvera toujours quelque chose de triste », disait ce regard.

Elles ne savaient pas que, malgré le plaisir d’être chez sa fille et la nécessité qu’elle sentait d’y être, la vieille princesse était triste pour elle et son mari, car depuis le mariage de sa dernière fille, le vieux foyer était devenu vide.

— Qu’avez-vous, Agafia Mikhaïlovna ? demanda tout d’un coup Kitty à la vieille bonne qui se tenait debout, l’air mystérieux et grave.