Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol17.djvu/287

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permis une pareille liberté, et encore davantage d’avoir montré si maladroitement que ses manières ne lui plaisaient pas.

— Pourquoi aller se coucher par ce temps splendide ! dit Stépan Arkadiévitch, que le vin pendant le souper avait rendu d’une humeur charmante et poétique. Regarde, Kitty, ajouta-t-il montrant la lune qui se levait derrière les tilleuls, quelle beauté ! Veslovski, voici le moment de chanter la sérénade. Tu sais qu’il a une belle voix. Il a apporté deux nouvelles romances, très jolies, qu’il pourrait nous chanter avec Varvara Andréievna.


Longtemps après que chacun se fût retiré, Stépan Arkadiévitch et Veslovski se promenaient encore dans les allées du jardin, chantant les nouvelles romances. Lévine, enfoncé dans un fauteuil, les sourcils froncés, les entendait et gardait un silence obstiné aux questions de sa femme qui lui demandait ce qu’il avait. Mais quand enfin, en souriant, elle en vint à lui demander s’il y avait dans son attitude envers Veslovski quelque chose qui lui déplût, il n’y tint plus et s’expliqua. Ses paroles offensaient sa femme, ce qui augmentait son irritation. Debout devant elle, les yeux brillants sous ses sourcils froncés, les mains serrées contre sa poitrine comme s’il eût voulu comprimer sa colère, les lèvres tremblantes, il lui dit d’une voix entrecoupée et d’un air qui