Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol17.djvu/301

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Veslovski l’atteignit et retourna vers la voiture.

— À votre tour, moi je garderai les chevaux, dit-il à Lévine. Lévine commençait à envier les chasseurs. Il remit les rênes à Veslovski et partit dans le marais.

Laska, qui depuis un moment gémissait plaintivement sur l’injustice du sort, s’élança d’un bond vers un endroit giboyeux que connaissait bien Lévine et où on n’était pas encore passé.

— Pourquoi ne l’arrêtes-tu pas ? cria Stépan Arkadiévitch.

— Elle ne l’effrayera pas, répondit Lévine, sûr de son chien et courant sur ses pas. Plus Laska s’approchait des bons endroits plus son allure devenait calme. Un petit oiseau de marais détourna à peine son attention. Elle tourna plusieurs fois autour d’une motte de terre, passa à une autre ; tout à coup elle tressaillit et s’arrêta.

— Va, va, Stiva ! cria Lévine sentant son cœur battre plus fort ; et tout d’un coup, comme si un déclanchement venait de se produire dans son ouïe tendue, tous les sons, indépendamment des distances, se mirent à le frapper ensemble. Il perçut le pas de Stépan Arkadiévitch et le prit pour un bruit lointain des chevaux ; le bruit d’une petite motte de terre qui tomba et qu’il écrasa en marchant lui sembla le bruit du vol d’une bécassine. Il entendit aussi, non loin de lui, un clapotement dont il ne pouvait se rendre compte.