Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol17.djvu/344

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pelant Kitty et tout ce qui s’était passé, il continua le regardant résolument dans les yeux : — J’ai fait atteler pour vous.

— Pourquoi ? Où allons-nous ? demanda Vassenka étonné.

— Pour vous mener à la gare, dit Lévine d’un air sombre et continuant à briser la baguette.

— Partez-vous ? Est-il survenu quelque chose de particulier ?

— Il est survenu, que j’attends du monde, dit Lévine déchirant de plus en plus rapidement entre ses doigts forts le bout de la baguette qui se fendillait. Ou plutôt non, je n’attends personne, mais je vous prie de partir, interprétez mon impolitesse comme bon vous semblera.

Vassenka se redressa.

— Je vous prie de m’expliquer… commença-t-il avec dignité, comprenant enfin.

— Je n’explique rien, et vous ferez mieux de ne pas me questionner, dit Lévine lentement, tâchant de retenir le tremblement convulsif de son visage ; et comme l’extrémité mince de la baguette était tout à fait brisée, il la prit par le gros bout, la fendit en deux et rattrapa le bout qui tombait.

La vue de ces mains, de ces muscles, dont le matin il avait pu apprécier la vigueur en faisant de la gymnastique et de ces yeux brillants, la voix grave et le tremblement des joues, probablement convainquirent Vassenka mieux que les paroles. Il