Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol17.djvu/361

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s’était arrêté et salua froidement la princesse Barbe. Sviajski était aussi une connaissance. Il s’informa de la santé de son original ami Lévine et de sa jeune femme ; puis après avoir examiné d’un regard rapide les chevaux dépareillés et la voiture au garde-boue raccommodé, il offrit aux dames de monter en tilbury.

— Moi, je prendrai ce véhicule pour rentrer, dit-il. Le cheval est très doux et la princesse conduit admirablement

— Non, restez ou vous êtes, dit Anna, en s’approchant. Nous rentrerons ensemble en voiture. Et prenant le bras de Dolly elle l’emmena.

Daria Alexandrovna écarquillait les yeux devant cet équipage et ces chevaux ; jamais elle n’avait rien vu d’aussi brillant, d’aussi élégant que ce qui l’entourait. Mais ce qui la frappa le plus encore ce fut le changement survenu en Anna qu’elle connaissait et aimait. Une personne moins attentive, n’ayant pas connu Anna auparavant et surtout n’ayant pas remué les pensées qui avaient assailli Daria Alexandrovna durant la route, n’aurait remarqué en elle rien de particulier, mais Dolly était frappée de cette beauté temporaire qu’ont les femmes amoureuses et qu’elle remarquait maintenant sur le visage d’Anna. Toute sa personne, depuis les fossettes de ses joues et de son menton, le pli de sa lèvre, le sourire qui paraissait voltiger sur son visage, l’éclat de son regard, la grâce et la ra-