Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol17.djvu/410

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C’était, pour elle, une de ces révélations dont les conséquences sont tellement grandes qu’au premier abord on les sent seulement et qu’on ne peut les comprendre tout d’un coup, mais on sent qu’il faudra beaucoup y réfléchir.

Cette révélation lui éclairait soudain le mystère de ces familles qui n’ont que deux enfants, et éveillait en elle tant d’idées, de déductions, de sentiments contradictoires qu’elle ne savait que dire et regardait Anna avec de grands yeux étonnés. N’avait-elle pas rêvé quelque chose d’analogue ?… et maintenant sa possibilité la terrifiait. Elle sentait que c’était une solution trop simple pour une question si compliquée.

N’est-ce pas immoral ? demanda-t-elle après un moment de silence.

— Pourquoi ? N’oublie pas que je n’ai le choix qu’entre deux choses : ou devenir enceinte, c’est-à-dire malade, ou être l’amie, la camarade de mon mari, dit Anna d’un ton léger.

— Certainement, fit Dolly à ces arguments qu’elle s’était donnés à elle-même et n’y retrouvant plus l’ancienne conviction.

— Si le point est discutable pour toi et les autres, en ce qui me concerne, le doute n’existe pas… Rappelle-toi que je ne suis pas l’épouse. Cela durera tant qu’il m’aimera et avec quoi retiendrai-je cet amour. Avec cela ?…

Elle porta ses mains blanches au devant de son ventre.