Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol17.djvu/415

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chatouillé, voilà tout. C’est un enfant, j’en fais ce que je veux, comme toi avec ton Gricha. Non, Dolly, je ne vois pas tout en noir comme tu dis, fit-elle tout à coup, changeant de ton. Tu ne peux pas comprendre… C’est trop horrible… Je cherche à ne rien voir…

— Tu as tort, il faudrait… tu devrais faire tout ton possible…

— Mais que peut-on faire ? Rien ! Épouser Alexis ? Mais crois-tu donc que je n’y songe pas ? Je ne pense qu’à cela ! dit-elle ; et une vive rougeur lui couvrit le visage. Elle se leva, redressa sa taille, soupira profondément et de son pas léger se mit à marcher d’un bout à l’autre de la chambre, s’arrêtant de temps à autre. Je n’y pense pas ! Il n’y a pas de jour, pas d’heure que je n’y pense et ne me reproche d’y penser… car cette pensée m’affole, j’en puis devenir folle ! répétait-elle. Et lorsque j’y pense, je ne puis m’endormir sans morphine. Mais c’est bon… causons raisonnablement. On me conseille le divorce ; mais premièrement il n’y consentira pas parce qu’il est sous l’influence de la comtesse Lydie.

Daria Alexandrovna, redressée sur sa chaise, le visage empreint de compassion, suivait des yeux Anna qui marchait.

— Il faut essayer, dit-elle avec douceur.

— Admettons que j’essaye, fit-elle, répétant évidemment pour la millième fois ce raisonnement